LLDP#52: Inquiètudes à l’Est

Deux constantes marquent le romanesque de Leif Davidsen. Primo, les liens familiaux : il est toujours question, chez lui, de relations compliquées entre deux frères, entre frère et sœur et/ou entre enfants et parents. Secundo, Davidsen a la tête très politique, et même géopolitique. Son passé de grand reporter, spécialiste de la Russie et de l’Espagne, imprègne ses romans.

J’ai découvert cette figure de proue du polar danois en 2014, avec Je suis le gardien de mon frère, qui se déroule en partie durant la Guerre d’Espagne. Ce formidable roman brode autour du mystère historique qu’est la disparition du stock d’or de la république espagnole, magot que les Soviétiques auraient <mis à l’abri> lorsque le sort des armes a clairement tourné en faveur des franquistes.

On l’aura compris : les intrigues que construit Davidsen sont sérieuses, solides et bien documentées. Il y a, par exemple, de quoi se faire du mouron quand on lit, dans La mort accidentelle du patriarche (2016), qu’à cause du dérèglement climatique, le Groenland pourrait devenir le nouvel Eldorado des multinationales. Et encore plus de souci avec La fille du traître (paru au début de cette année), puisqu’il y est dit qu’après l’Ukraine, la Russie de Poutine lorgnera du côté des États baltes, lesquels sont protégés par l’Otan… d’où un risque majeur de conflit mondial.

L’impérialisme poutinien sert de toile de fond à ce dernier roman. A cause du nouveau contexte géopolitique, deux vieux espions du temps de la guerre froide reprennent du service. Leur mission : entrer en contact, via sa fille Laila, avec John Arnborg, un Danois vivant en Russie. Ce dernier est un personnage double dans tous les sens du terme. Dans les années quatre-vingt, il a été arrêté par les Soviétiques alors qu’il les espionnait pour le compte du Danemark. Mais après que son pays eut fait des pieds et des mains pour le tirer du goulag, il a laissé tomber sa famille danoise (et donc sa fille Laila) pour rejoindre en Russie l’autre famille qu’il y avait fondée. C’est donc avec pas mal de ressentiment que Laila part en Russie pour renouer avec ce paternel, traître notoire (elle l’appelle « ce connard »). Sur les bords de la Volga, elle se découvre un demi-frère, Sacha, avec qui les rapports vont s’avérer difficiles. En même temps, elle se retrouve au cœur d’une situation périlleuse puisque son père, non content d’avoir été contacté par ses anciens amis danois, s’est vu proposer, d’une part de travailler pour un colonel du FSB (le nouveau KGB), d’autre part d’entrer dans un complot ourdi par de riches Russes furieux de voir la politique étrangère de leur pays nuire à leur business…

Un cocktail explosif, que Leif Davidsen conduit, avec sa maestria habituelle, jusqu’au dernier feu d’artifice… sur une île bretonne !

Papa  traitre.jpg

La fille du traître, Leif Davidsen (Gaïa)

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