LLDP#54: Le pays le plus secret

 « Je vous veux dans mon équipe », déclare le général Fisk à Jenna Williams. On comprend pourquoi : Jenna est major de promotion, dotée d’un très haut QI et elle pratique le taekwondo. Des qualités qu’a repérées cet officier travaillant pour la CIA, et qui en feraient une recrue idéale. Surtout que sa thèse porte sur la Corée du Nord et sur la dynastie des Kim, qui y est au pouvoir depuis 1948. La raison de cette curiosité ? Jenna, alias Jee-min, est fille d’un militaire américain et d’une Coréenne.

En ce mois d’octobre 2010, la Corée du Nord vient de tester une fusée capable d’emporter une charge nucléaire jusqu’aux côtes américaines. Les têtes pensantes de la Maison Blanche se font du souci. Pourtant Jenna, universitaire bien dans ses baskets, n’a nulle envie de se muer en espionne. Sauf que… sauf que sa sœur jumelle Soo-min, alias Susie, a disparu douze ans plus tôt sur une plage proche de la Corée du Nord. Officiellement noyée, mais on n’en sait rien. Dans ce coin d’Asie, à l’époque, des gens s’évanouissaient dans la nature, peut-être enlevés par les Nord-Coréens. Faire partie des services secrets US pourrait permettre à Jenna de percer ce mystère.

Tel est le point de départ de L’Étoile du Nord, du Gallois D.B. John. Mais la quête de Jenna n’est pas le seul fil directeur de ce passionnant roman. Il y a aussi l’ascension et la chute du colonel Cho, diplomate chargé par la Corée du Nord de négocier avec les Américains. Ainsi que les tribulations de Mme Moon, un vieille paysanne non dépourvue d’astuce quand il s’agit de survivre dans la plus noire misère. Ces trois brins, après bien des péripéties, se noueront pour tresser une seule histoire. Et le sort de chacun dépendra d’une cigarette fumée dans l’Étoile du Nord, le train personnel de Kim Jong-il (père du dictateur actuel).

Outre l’intrigue, palpitante, l’intérêt de ce roman est qu’il lève le voile sur la Corée du Nord où le journaliste D. B. John a pu voyager en 2012, et sur laquelle il a lu nombre de témoignages. Cet État, le plus secret au monde, semble combiner le conditionnement des esprits imaginé par George Orwell dans 1984 avec les rigueurs du goulag stalinien. On se pince quand on lit dans quelles conditions des prisonniers politiques vont au charbon : « Il fallait piocher la matière noire et luisante, la ramener en arrière avec les mains pour seuls outils… Les hommes enduits de houille rampaient comme des vers, ils devaient poursuivre leur tâche coûte que coûte, remplir le chariot suivant avant que le précédent ne redescende à vide… Au moindre retard, ils n’atteignaient pas le quota. Et s’ils n’atteignaient pas le quota, ils n’avaient pas de nourriture. » Apparemment, il ne s’agit pas de fantasmes d’Occidentaux. A la fin du livre, l’auteur documente la plupart des aspects de sa fiction en citant les ouvrages où il a puisé ses informations.

Papa

 

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L’Étoile du Nord, de D.B. John (Les Arènes)

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