LLDP#68: Police gangrenée

Depuis Lorraine Connection, le polar qu’elle a tiré du fiasco Daewoo à Villers-la-Montagne, je me jette avec gourmandise sur chaque nouveau roman de Dominique Manotti. Ni L’Évasion, ni Or noir, ni Racket ne m’ont déçu. Idem avec Marseille 73, où réapparaît le commissaire Théo Daquin, l’un des personnages fétiches de Manotti. Elle a de l’affection pour ce flic intègre, efficace et discret sur sa vie privée (il est bisexuel), héros de ses premières fictions Sombre sentier, A nos chevaux et Kop. En 2015 avec Or noir, elle a pris un virage important en balançant Daquin à Marseille et dans les années soixante-dix. En imaginant, donc, ses débuts dans la police.

Je ne suis pas sûr que Marseille 73, deuxième aventure marseillaise de Théo Daquin, plaira beaucoup aux syndicats policiers, actuellement vent debout contre la mauvaise réputation qui colle aux basques de leur corps de métier. Car la police, telle qu’elle est montrée dans ce roman, est totalement gangrenée. S’y affrontent en sourdine plusieurs groupes d’influence : gaullistes du SAC, syndicalistes FO, francs-maçons, Corses, Pieds-noirs. A cela s’ajoute la guéguerre entre la Police judiciaire (à laquelle appartient Daquin) et la Sûreté urbaine, en principe mieux implantée dans le tissu local et donc davantage encline aux compromissions. Un procureur peut jouer là-dessus, selon qu’il veut qu’une enquête aboutisse ou s’enlise dans les sables mouvants.

Pour bâtir son intrigue, Dominique Manotti s’est inspirée, comme souvent, de faits réels : la vague d’assassinats d’Algériens qui a frappé la France en 1973. Dans Marseille 73, tout commence par un sanglant fait-divers : le meurtre d’un chauffeur de bus par un Maghrébin. En représailles, Malek Khider, 16 ans, est abattu en plein rue. Deux camps se forment : d’un côté, les nostalgiques de l’Algérie française, de l’autre, les associations antiracistes qui apportent leur soutien aux frères de Malek et à leur avocat. Dans cette ambiance pourrie, émaillée de manifs et de bastons, Daquin et ses deux acolytes Grimbert et Delmas devront faire des pieds et des mains pour que l’enquête leur soit confiée – alors qu’elle est, dans un premier temps, bâclée par la Sûreté urbaine – et pour qu’éclate la vérité. Heureusement, ils ne sont pas dépourvus d’habileté manœuvrière…

 Marseille 73 m’a rappelé mes années d’étudiant, lorsque, sur les campus, les trotskistes se fritaient avec les fafs d’Ordre Nouveau sous les yeux goguenards des membres du SAC. Ce roman pose par ailleurs une évidence : personne, en France, n’est capable d’écrire des polars aussi solides, aussi réalistes et aussi bien documentés que ceux de Dominique Manotti.

Papa

Amazon.fr - Marseille 73 - Manotti, Dominique - Livres

Marseille 73, de Dominique Manotti (Équinox Les Arènes)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s